Pourquoi ton miel est pas toujours pareil ? Nathalie.

Miel artisanal

Pourquoi ton miel est pas toujours pareil, Nathalie ? La couleur est différente, cette fois-ci, il est plus pâle, plus liquide, goûte différent. Pourquoi ton miel cristallise Nathalie ? Il y a comme des morceaux, il est pas aussi clair que la dernière fois, je pense que je vais le jeter car il est rendu tout dur ! C’est tu du vrai miel Nathalie ? Rajoutes-tu du sucre Nathalie ?  Moi j’aime pas ça du miel, c’est tellement fort ! À l’épicerie, je le paie 3 $ mon pot de miel, qu’est-ce qui rends le tien si exceptionnel ?

Voici certaines questions qu’on me pose en lien avec le miel. Bon, je me les suis pas toutes faite demandées mais ça pourrait. Particulièrement celle en lien avec le prix. Je pourrais augmenter mon prix et ça ne ferait pas baisser mes ventes. Mais je me garde ce sujet pour la fin. Vous allez voir c’est assez intéressant.

On va donc jaser MIEL. Le MIEL du Québec. Le MIEL du Québec issus d’apiculteurs amateurs. Le MIEL du Québec que tu retrouves directement chez l’apiculteur et rarement dans les grandes surfaces.

Bon, on sait tous que le miel est fabriqué grâce aux abeilles. Sauf pour les chinois. Eux, ils n’ont plus besoin des abeilles pour faire du miel. Je dis les chinois mais laisse-moi douter qu’ils soient les seuls à pratique cette technique !

Pour faire du miel, les butineuses vont à la recherche du nectar aux alentours de la ruche. Les abeilles butineuses doivent :

  • Visiter environ 150 fleurs afin de remplir leur jabot (petit réservoir à nectar dans l’œsophage de l’abeille)
  • Visiter 7500 fleurs afin de faire 1kg de nectar
  • Faire un travail d’équipe colossal,car une seule abeille collecte 0.8 g de miel dans sa vie à raison de plus d’une vingtaine de sorties par jour pour ce faire.
  • Doivent récolter 5 litres de nectar afin d’en faire 1 litre de miel

Une colonie a elle seule, peut produire 100 livres de miel, des fois moins et des fois plus.

Du nectar c’est de l’eau sucré. Les fleurs le produisent afin d’attirer les pollinisateurs à venir les visiter. Les concentrations de sucre vont varier d’une espèce à l’autre. Lorsque le nectar est trop sucré, l’abeille va simplement le diluer avec de la salive. Cette salive contient des enzymes qui vont transformer les sucre contenus dans le nectar. Une fois son jabot bien rempli, elle retourne à la ruche où des jeunes abeilles l’attendent afin de s’échanger le nectar. La butineuse régurgite sa récolte dans l’autre abeille (trophallaxie). La butineuse repart ensuite pour une autre voyage et l’ouvrière va étendre le nectar dans les alvéoles de la ruche. Comme le nectar contient plus de 50 % d’eau, les abeilles vont ventiler la ruche afin de la chauffer et en moins d’une semaine le nectar atteint 18 % d’eau et devient miel. Une fois que le miel semble avoir atteint le bon pourcentage d’humidité, les abeilles vont operculer les alvéoles. C’est une fine couche de cire qui est mise sur l’alvéole en guise de couvercle.

C’est une fois la plupart des alvéoles operculées que nous, les humains, arrivons afin de récolter le miel. On va faire maturer le miel encore un peu avant de désoperculer (retirer les p’tits couvercles) et extraire le miel.

Ceci étant dit, je crois que je peux commencer à répondre à vos questions.

Pourquoi ton miel est pas toujours pareil Nathalie ?

La teinte et le goût varie selon la source florale disponible dans un rayon de quelques kilomètres. Comme les abeilles visitent une grande quantité de fleurs, c’est la proéminence floral d’un miel qui va en déterminer le goût. D’année en année, ce ne sont pas nécessairement les mêmes fleurs qui seront présentes sur un site de production de miel. Il y a des années plus propices à un tel type de fleurs vs un autre, ce qui fera une différence au bout du compte. Il est possible de faire un miel spécifique. Un miel où la concentration d’une fleur est plus présente. Ici au Québec, on retrouve la plupart du temps les miels de pissenlits, trèfles, sarrasins et bleuets.  Les ruches de l’apiculteur doivent être situées dans un champs de monoculture de ce type de fleur et retirer le miel avant qu’une autre source de fleurs n’éclos. Dans mon cas précis ainsi que pour plusieurs apiculteurs amateurs, mes ruches sont situées qu’à quelques endroits différents où les sources florales sont diverses. Le miel y est récolté sans distinction et non analysé afin de déterminer les sources florales. C’est donc un miel de toutes fleurs qui change de teinte d’année en année. Il est possible de faire des extractions sélectives ou de mélanger divers miels récoltés afin de le rendre plus uniforme. Mais vous me connaissez, l’uniformité c’est pas trop mon truc.

La couleur est différente, cette fois-ci il est plus pâle, plus liquide, goûte différent

Et voilà, on comprendra que ça dépends de la source floral mais aussi de la santé des abeilles et leurs nombres. Un miel plus épais contient moins d’eau et l’inverse pour un miel plus liquide. On dit que le miel est le seul aliment à se conserver à vie. Je dis oui à condition qu’il soit extrait au bon moment. Son taux d’humidité devrait être aux alentours de 17 %. Plus il va finir par moisir et moins c’est possiblement un miel qui a été chauffé. Il est possible de faire des ajouts au miel. Des ajouts de plantes macérées ou de purées de fruits afin de le teinter d’un goût particulier. Ces miels devront être conservés au frigo une fois ouvert et non à la température pièce comme un miel nature.

Il y a comme des particules, il est pas aussi clair que la dernière fois

On ne voit pas dans tous les miels des matières en suspension. Dans le mien oui. Lorsque l’on extrait le miel à l’aide de l’extracteur, il coule sur la paroi et descend par gravité dans une chaudière. Afin de ne pas avoir de morceaux d’abeilles et de cire mélangés au miel, j’installe un tamis sur le dessus de ma chaudière. Le tamis laisse passer une certaine quantité de résidu tout de même. La chaudière est mise de côté un certain temps afin de laisser le miel décanter. Les résidus vont se retrouver sur le dessus. Comme il y a une valve en bas de la chaudière, j’arrive à empoter du miel sans trop de résidu. Comme je fais le choix de traiter le moins possible le miel, il arrive parfois qu’il soit un peu brouille où qu’on y retrouve des petits morceaux de cire. C’est un miel quasi brut et non pasteurisé. C’est 100 % normal. Plus j’arrive à al fin de ma chaudière, plus le miel contiendra des résidus en suspension.

Je pense que je vais le jeter car il est rendu tout dur

Le miel cristallise. C’est encore une fois 100 % normal. Selon la source florale, il peut cristalliser plus ou moins rapidement. C’est le % de fructose/glucose qui déterminera quand le miel se cristallisera. Plus un miel contient de glucose, plus il cristallisera rapidement. Il va de l’inverse s’il contient plus de fructose.  Certain miel prendront 2 semaines à cristalliser d’autre 2 ans ! Si vous n’aimez pas l’effet du miel cristallisé sous la dent ou sur votre toast, il vous suffit de l’exposer à une source de chaleur afin qu’il reprenne la forme liquide. Que ce soit au four, au micro-onde ou en bain-marie, soyez assuré que votre miel redeviendra liquide et aura perdu de sa valeur au passage. Chaque fois qu’un miel est chauffé, il perd en qualité. Si vous voyez du miel non pasteurisé liquide sur les tablettes des épiceries c’est que l’apiculteur fait sa tournée et remplace les pots cristallisés par des pots non cristallisés. Il retourne à sa miellerie et utilise sa méthode personnelle afin de dé-cristalliser les pots avant de les remettre sur les tablettes. Personnellement, je trouve beaucoup plus intéressant de travailler avec du miel cristallisé en cuisine. Beaucoup plus facilement manipulable. Non ?

Est-ce que c’est du vrai miel ? Rajoutes-tu du sucre Nathalie ?

Mon miel c’est du vrai miel, mais je ne garanti pas ceux des autres. Vous avez entendu parlé des miels frelatés dernièrement ? Une grosse histoire qui a dû couter cher à cette pauvre compagnie du Québec : Les trois  acres. Elle a fait parlée bien malgré elle. La revue Protégez-vous s’est depuis rétractée. Mauvaise interprétation des données…

Lorsqu’on s’occupe d’abeilles, on doit à un moment ou un autre les nourrir. Il y a différentes sortes de nourriture. Le miel, le sirop de sucre de cannes, le pollen et divers substituts protéiniques. Y’a du naturel et y’a du reconstitué. Ce que l’apiculteur choisira dépends de ses connaissances et habitudes. Idem pour le contenu de votre assiette. Ya du naturel (cuisse de poulet) et y’a du reconstitué (croquette de poulet) Ça dépends de la personne qui fait l’épicerie ! Les raisons pour nourrir les abeilles sont diverses. Que ce soit tôt au printemps où rien n’a encore poussé, que ce soit en moment de disette; entre deux floraisons, lors de la multiplication des ruches, à l’automne afin d’emmagasiner pour l’hiver ou justement à la fin de l’hiver s’il n’y a plus de réserves, il est impensable de ne pas leur venir en aide au moment où elles ont faim. Puis soyons honnête, ne pas les nourrir durant ces moments apporte une diminution de rendement en miel et en force de colonie. Puis si ma colonie est faible à l’automne venue = elles arriveront pas à passer l’hiver = plus de colonies au printemps = je devrai repartir à zéro et en racheter. Le sirop donner aux abeilles servira à bâtir les cadres en cire et à les nourrir. Quelle proportion va à la construction vs les nourrir ? Aucune idée. C’est pour cette raison qu’il faut faire attention de ne pas les nourrir en période de miellé. On veut pas que le sirop se retrouve dans le miel que l’on vendra à nos clients. Une bonne régie devrait éviter des situations de miels mélangés. Puis disons que les abeilles ont bâtis les cadres à l’aide du sirop, une fois les cadres de miel extrait, est-ce qu’il y aurait une infime quantité de sirop qui pourrait se retrouver dans le miel ? C’est bien possible. Mais les quantités seraient si minimes donc non significatives.

Ça c’est la partie pas très grave.

Ce qui n’est pas très grave non plus ce sont les gens qui font du miel de pissenlit. Cela consiste à la récolte de fleurs de pissenlit auxquelles on ajoute du sucre pour en faire une mixture qui s’apparente au miel. Si tu es végane et que tu manges aucun produit animalier, mais que tu as le goût de te sucrer le bec, c’est bin correct !

Ce qui est moins correct serait qu’une compagnie use de stratagèmes de la sorte afin de réduire le coût des opérations et vende un tel produit comme étant du miel. Ça rentre dans la catégorie des fraudes alimentaires. Peu de gens sont au courant ou encore refuse d’y croire. Puis, comme la réglementation sur le miel est pas mal boiteuse, il doit s’en passer un peu beaucoup en-dessous des couvertes ! On n’a plus besoin des abeilles pour faire du miel. Remarquez ici que  »on » exclu la personne qui écrit!!

Comment savoir ? Si vous avez les papilles gustatives bien développées, vous allez peut-être le détecter mais j’en doute. Meilleur moyen est de faire analyser le miel. Comme cette méthode n’est pas accessible à tous, je vous suggère de vous fier au prix du pot de miel. C’est un barème assez fiable. Je vous en parle un peu plus bas.

 

Moi j’aime pas ça du miel. C’est fort !

Oh oui. Que c’est mauvais du miel. Je pense que le petit ourson c’est juste pour que ça goutte meilleur. C’est aussi une idée de génie pour faire vendre du miel via le billet des enfants mais bon, c’est un autre chapitre. Enfant, j’aimais vraiment pas ça le miel. J’avais jamais non plus gouter au Miel du Québec. Alors si votre seule expérience en miel tient au miel frelaté, dilué ou reconstitué, je vous suggère de goûter MON miel ! Ou celui d’un apiculteur de confiance. Il faut aussi en gouter plusieurs. Les saveurs seront différentes selon les ressources florales.

À l’épicerie, je paie 3$ mon pot de miel. Qu’est-ce qui rends le tien si exceptionnel ?

Voilà la question de $. Comme mentionné, on m’a jamais posé en vrai cette question. Y’en a peut-être pour le penser mais personne encore pour le verbaliser. Si vous avez lu attentivement cet article, vous avez quelques pistes de solution.

  • Faut regarder la provenance du miel sur l’étiquette. Privilégier celui du Québec. Ça vous évitera bien de souci de miel frelaté sans vous le garantir. Et puis si vous voyez un miel du Québec incroyablement peu cher, posez vous quelques questions.
  • Faut savoir avec qui on fait affaire. Si ton voisin de 90 ans à quelques ruches et te rempli un pot Masson de miel pour 5 $, c’est plus que parfait. Tu fais une sacré bonne affaire. Si tu fais affaire avec un apiculteur du coin qui te le vend 6-7 $, c’est possiblement qu’il se fie aux prix des autres pour te le vendre. Tu risques encore de faire une bonne affaire. Si ton apiculteur du coin a 500 ruches et tu achètes sont miel via une boutique en le payant 5 $ c’est une autre histoire. L’hypothèque du gars de 90 ans est payé y’a belle lurette. Enfin, on l’espère. Celui qui se fie aux autres à aussi un hypothèque à payer mais à probablement un minimum d’équipement pour faire son miel.  Notre troisième apiculteur à 500 ruches à des comptes à payer, une infrastructure à faire fonctionner. S’il fabrique son miel, fourni le pot, les étiquettes et la livraison à ses différents points de vente, tout en offrant 50 % de profit à son revendeur ET les rotations de miel cristallisé…..2.50 $ par pot de miel dont on doit soustraire les frais d’exploitation ? Comment peut-on arriver ? Dites-moi ? Il est nul en comptabilité, il réduit les coûts de production via des méthodes plus ou moins catholiques, il a d’autres sources de revenu pour son entreprise ou vends son miel à perte ?  Allez savoir.

J’ai débuté l’apiculture, il y a quelques années déjà. Je l’ai fait pour diverses raisons dont la pollinisation des fleurs de mes jardins de plantes médicinales et potagères, apporter une facette différente à mon offre d’agrotourisme, diversifier les sources de revenus, planifier une retraite active….à peu près tout ça. J’ai jamais tant voulu sauver les abeilles. C’est peut-être plus mes jardins que je voulais améliorer. Puis un va pas sans l’autre finalement. J’apprends à les observer afin de mieux les comprendre et arriver à les soigner convenablement. C’est complexe le monde des abeilles. Puis étant assez dépassée, j’ai fait le choix de faire un retour aux études en Exploitation d’une entreprise apicole. Plus que la session d’hiver à faire et j’aurai mon diplôme. J’y apprends une foule de chose mais surtout une bonne régie saisonnière. Puis ça me permet d’agrémenter mon blog sur le sujet.

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